Lettre à mon peuple d’Assata Shakur, par Akua Naru

Akua

Akua Naru et Yann Gael le 21 09 2017 à la MC93. Photo: Maonghe M.

 

Le 21 septembre 2017, lors de la présentation de Marianne et le garçon noir à la MC93, la poétesse et activiste Akua Naru a choisi de lire un extrait de Letter to My People, par Assata Shakur. Traduit par Léonora Miano, ce texte a ensuite été lu en français par le comédien Yann Gael. Nous vous invitons à lire Akua Naru et Yann Gael dans Marianne et le garçon noir. Veuillez trouver ci-dessous la traduction en français du passage de Letter to My People lu le 21 septembre dernier.

Assata Shakur, Lettre à mon peuple, propos tenus depuis sa cellule et diffusés à la radio le 4 juillet 1973 (extrait)

Ils nous traitent de voleurs et de bandits. Ils nous accusent de voler. Mais ce n’est pas nous qui avons kidnappé des millions de Noirs du continent africain. On nous a dérobé nos langues, nos dieux, notre culture, notre dignité humaine, le fruit de notre travail, et nos vies. Ils nous traitent de voleurs, cependant ce n’est pas nous qui subtilisons des milliards de dollars tous les ans à travers l’évasion fiscale, la fixation illégale des prix, les détournements de fonds, la fraude à la consommation, les pots de vin, les dessous de table et l’escroquerie. Ils nous traitent de bandits, pourtant chaque fois la plupart d’entre nous Noirs recevons notre fiche de paie, c’est pour constater que nous avons été dépouillés. Chaque fois que nous pénétrons dans un magasin de notre quartier nous sommes braqués. Et chaque fois que nous payons notre loyer, le propriétaire nous plante un canon dans les côtes.

Ils nous traitent de voleurs, mais nous n’avons pas dévalisé et mis à mort des millions d’Indiens en les dépossédant de leur terre, avant de nous donner le nom de pionniers. Ils nous traitent de bandits, mais ce n’est pas nous qui pillons les ressources naturelles et arrachons leur liberté aux peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, acculés à la maladie et à la famine. Les lois de ce pays et de ses valets ont été à l’origine de certains des crimes les plus brutaux et les plus cruels de l’histoire. Là est le banditisme. Là sont les assassins. Et ils devraient être traités comme tels. Ces cinglés sont mal placés pour nous traîner devant les tribunaux moi, Clark, ou n’importe quel noir en Amérique. Nous les Noirs devons déterminer notre destin et nous le ferons quoi qu’il advienne.

Toute révolution ayant eu lieu dans l’histoire a été accomplie par l’action, bien que les mots soient nécessaires. Nous devons créer des boucliers qui nous protègerontt et des flèches qui transperceront nos ennemis. C’est en luttant que les Noirs doivent se former à la lutte. Nous devons apprendre de nos erreurs.

Je veux présenter mes excuses à vous, frères et sœurs noirs, pour m’être trouvée sur l’autoroute à péage du New Jersey. J’aurais dû rester sur mes gardes. Ce péage est un point de contrôle où les Noirs sont arrêtés, fouillés, harcelés et agressés. Les révolutionnaires ne devraient jamais être trop pressés ni prendre de décisions imprudentes. Celui qui court lorsque le soleil est endormi trébuchera souvent.

Chaque fois qu’un combattant de la liberté noir est tué ou capturé, les flics tentent de donner l’impression qu’ils ont écrasé le mouvement, réduit à néant nos forces et détruit la Révolution noire. Les flics essaient aussi de faire croire que cinq ou dix combattants sont à l’initiative de toute action révolutionnaire conduite en Amérique. C’est un non-sens. Une absurdité. Les révolutionnaires noirs ne tombent pas de la lune. Nous sommes le produit de notre condition. Modelés par notre oppression. Nous sommes fabriqués par paquets dans les rues du ghetto, dans des lieux comme les prisons d’Attica, de San Quentin, Bedford Hills, Leavenworth et Sing Sing. Ces endroits éteignent des milliers d’entre nous. De nombreux vétérans noirs sans emploi, des mères bénéficiant de l’assistance publique, rejoignent nos rangs. Des frères et sœurs de tous horizons, fatigués d’endurer passivement les choses, forment l’Armée de Libération Noire.

Il y a, et il y aura toujours une Armée de Libération Noire, jusqu’à ce que chaque noir, homme, femme et enfant soit libre. La fonction première de l’Armée de Libération Noire en ce moment est de fournir de bons exemples, de lutter pour la liberté des Noirs, et de préparer notre avenir. Nous devons nous défendre et ne laisser personne nous manquer de respect. Nous devons obtenir notre libération par tous les moyens nécessaires.

Il est de notre devoir de lutter pour notre liberté.

Il est de notre devoir de gagner.

Nous devons nous aimer les uns les autres et nous soutenir mutuellement.

Nous n’avons rien d’autre à perdre que nos chaînes.