Events

Marianne et le garçon noir: rencontres

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Veuillez trouver ci-dessous les dates des prochaines rencontres de Léonora Miano autour de Marianne et le garçon noir:

  • le 10 octobre à la librairie Kléber (Strasbourg), 17h30
  • le 17 octobre à la librairie Les mots à la bouche (Paris), 19h.
  • le 22 novembre au Carreau du temple (Paris), 19h, dans le cadre du cycle Faire le présent, organisé par Geoffroy de Lagasnerie.
  • le 15 décembre à la librairie Violette & Co (Paris), 19h.

Toutes ces rencontres seront bien entendu suivies de séances de dédicaces.

 

Revue de presse

LéoPresse

Bonjour,

Nous vous rappelons que les articles et interviews relatifs à l’actualité de Léonora Miano se trouvent dans la rubrique « Articles » de ce blog.

Merci de continuer à nous suivre.

 

Lettre à mon peuple d’Assata Shakur, par Akua Naru

Akua

Akua Naru et Yann Gael le 21 09 2017 à la MC93. Photo: Maonghe M.

 

Le 21 septembre 2017, lors de la présentation de Marianne et le garçon noir à la MC93, la poétesse et activiste Akua Naru a choisi de lire un extrait de Letter to My People, par Assata Shakur. Traduit par Léonora Miano, ce texte a ensuite été lu en français par le comédien Yann Gael. Nous vous invitons à lire Akua Naru et Yann Gael dans Marianne et le garçon noir. Veuillez trouver ci-dessous la traduction en français du passage de Letter to My People lu le 21 septembre dernier.

Assata Shakur, Lettre à mon peuple, propos tenus depuis sa cellule et diffusés à la radio le 4 juillet 1973 (extrait)

Ils nous traitent de voleurs et de bandits. Ils nous accusent de voler. Mais ce n’est pas nous qui avons kidnappé des millions de Noirs du continent africain. On nous a dérobé nos langues, nos dieux, notre culture, notre dignité humaine, le fruit de notre travail, et nos vies. Ils nous traitent de voleurs, cependant ce n’est pas nous qui subtilisons des milliards de dollars tous les ans à travers l’évasion fiscale, la fixation illégale des prix, les détournements de fonds, la fraude à la consommation, les pots de vin, les dessous de table et l’escroquerie. Ils nous traitent de bandits, pourtant chaque fois la plupart d’entre nous Noirs recevons notre fiche de paie, c’est pour constater que nous avons été dépouillés. Chaque fois que nous pénétrons dans un magasin de notre quartier nous sommes braqués. Et chaque fois que nous payons notre loyer, le propriétaire nous plante un canon dans les côtes.

Ils nous traitent de voleurs, mais nous n’avons pas dévalisé et mis à mort des millions d’Indiens en les dépossédant de leur terre, avant de nous donner le nom de pionniers. Ils nous traitent de bandits, mais ce n’est pas nous qui pillons les ressources naturelles et arrachons leur liberté aux peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, acculés à la maladie et à la famine. Les lois de ce pays et de ses valets ont été à l’origine de certains des crimes les plus brutaux et les plus cruels de l’histoire. Là est le banditisme. Là sont les assassins. Et ils devraient être traités comme tels. Ces cinglés sont mal placés pour nous traîner devant les tribunaux moi, Clark, ou n’importe quel noir en Amérique. Nous les Noirs devons déterminer notre destin et nous le ferons quoi qu’il advienne.

Toute révolution ayant eu lieu dans l’histoire a été accomplie par l’action, bien que les mots soient nécessaires. Nous devons créer des boucliers qui nous protègerontt et des flèches qui transperceront nos ennemis. C’est en luttant que les Noirs doivent se former à la lutte. Nous devons apprendre de nos erreurs.

Je veux présenter mes excuses à vous, frères et sœurs noirs, pour m’être trouvée sur l’autoroute à péage du New Jersey. J’aurais dû rester sur mes gardes. Ce péage est un point de contrôle où les Noirs sont arrêtés, fouillés, harcelés et agressés. Les révolutionnaires ne devraient jamais être trop pressés ni prendre de décisions imprudentes. Celui qui court lorsque le soleil est endormi trébuchera souvent.

Chaque fois qu’un combattant de la liberté noir est tué ou capturé, les flics tentent de donner l’impression qu’ils ont écrasé le mouvement, réduit à néant nos forces et détruit la Révolution noire. Les flics essaient aussi de faire croire que cinq ou dix combattants sont à l’initiative de toute action révolutionnaire conduite en Amérique. C’est un non-sens. Une absurdité. Les révolutionnaires noirs ne tombent pas de la lune. Nous sommes le produit de notre condition. Modelés par notre oppression. Nous sommes fabriqués par paquets dans les rues du ghetto, dans des lieux comme les prisons d’Attica, de San Quentin, Bedford Hills, Leavenworth et Sing Sing. Ces endroits éteignent des milliers d’entre nous. De nombreux vétérans noirs sans emploi, des mères bénéficiant de l’assistance publique, rejoignent nos rangs. Des frères et sœurs de tous horizons, fatigués d’endurer passivement les choses, forment l’Armée de Libération Noire.

Il y a, et il y aura toujours une Armée de Libération Noire, jusqu’à ce que chaque noir, homme, femme et enfant soit libre. La fonction première de l’Armée de Libération Noire en ce moment est de fournir de bons exemples, de lutter pour la liberté des Noirs, et de préparer notre avenir. Nous devons nous défendre et ne laisser personne nous manquer de respect. Nous devons obtenir notre libération par tous les moyens nécessaires.

Il est de notre devoir de lutter pour notre liberté.

Il est de notre devoir de gagner.

Nous devons nous aimer les uns les autres et nous soutenir mutuellement.

Nous n’avons rien d’autre à perdre que nos chaînes.

Monnaie de singe, par Elom 20ce

 

FB_IMG_1506180274761 Elom 20ce à la MC93 le 21 09 17 Photo: Maonghe M.

Le 21 septembre 2017, lors de la présentation de Marianne et le garçon noir à la MC93, Léonora Miano a proposé à certains des contributeurs à l’ouvrage de prononcer des communications sur des sujets précis. Ainsi, la question du franc CFA a-t-elle été soumise à Elom 20ce (dont nous vous recommandons la lecture du texte dans Marianne et le garçon noir).

Veuillez trouver ci-dessous l’intégralité de son propos:

Monnaie de Singe

Samedi 02 septembre 2017. Il est 06h45 environ. Le VOL AF 0339 vient d’atterrir à Roissy.  A la sortie de l’avion, il y a foule. C’est la rentrée, il paraît. J’avais un billet en classe premium. Ça m’évite de faire la queue. Notre file de privilégiés avance bien. Les passagers passent à peine trente secondes au contrôle de l’immigration. Quand mon tour arrive, je me rappelle l’histoire que j’ai racontée au début de mon chapitre dans Marianne et le Garçon Noir. Mieux, je me souviens pourquoi, depuis l’incident relaté dans ce livre, chaque fois que je reviens en France, j’évite l’aéroport de Roissy. Mon passeport n’est pas rouge-bordeaux. Il est vert comme ce feu qui  s’allume difficilement, quand il s’agit pour nous autres de traverser les frontières.

Je vous épargne la liste de questions qui m’ont été posées par l’agent, sauf une : « Vous avez de l’argent sur vous monsieur ? Combien ? ». J’ai voulu lui répondre que je mourais de faim en Afrique, que je n’avais rien, et que j’étais venu rester en France car elle soutient dans mon pays, un régime vieux de cinquante ans qui n’offre aux jeunes aucune perspective crédible. Avec calme, je lui ai dit que j’avais 70 euros en espèces et de l’argent sur ma carte visa, de quoi vivre pendant mon séjour en terre française. Il m’a demandé de lui montrer la carte et le montant qu’il y avait dessus. Nous a reluqués, la carte et moi, comme s’il pouvait vérifier l’information juste avec ses yeux.  Pour finalement me laisser passer.

En plus des euros, j’avais aussi des CFA. Quelques billets Bella Bellow. Au Togo, c’est comme cela qu’on appelle les coupures de 10.000 F CFA (équivalent de 15 euros environ). Mais quelle valeur pouvaient-ils avoir à ses yeux ? Bien que ces billets soient fabriqués dans un petit village de France, aucune transaction n’est possible  avec cette devise sur ce territoire.

En écrivant mon chapitre qui appelait à reprendre possession de nous-mêmes, j’avais effleuré le sujet. N’étant pas économiste de formation, ce qui me tenait à cœur, c’était plus l’aspect lié à notre souveraineté à reconquérir. De nombreux livres sont plus précis sur cette question. L’actualité brûlante sur le sujet, m’amène  à y revenir.

L’Afrique, ne pourra reprendre possession d’elle-même, si elle n’a pas le contrôle de sa monnaie. Kwame N’krumah, en parlant d’unité africaine, parlait d’indépendance politique, militaire mais aussi économique. Si l’Afrique francophone tâtonne sur les deux premiers volets, il est clair qu’elle a du chemin à faire sur le volet économique, et donc monétaire. Etre souverain c’est aussi refuser de  continuer à déléguer ses responsabilités.  Confier sa monnaie de gré ou de force à son ancien colonisateur, c’est refuser sa souveraineté. C’est vouloir rester dans le rôle de ce petit garçon qui refuse de quitter les jupes de sa mère, de crainte de se faire donner la fessée s’il s’en émancipe.  Certains économistes parlent aujourd’hui de servitude volontaire. Il faut le rappeler, des Africains ont perdu  la  vie en réclamant cet affranchissement.  Deux exemples me viennent en tête.  Celui  de l’économiste camerounais Joseph Tchuindjang Pouemi auteur du  livre : Monnaie, servitude, liberté : la répression monétaire en Afrique  et Sylvanus Olympio.

Si le lien entre la mort du premier et son combat contre le franc CFA est évoqué sans preuves concrètes à l’appui, dans le cas du second cela semble plus qu’évident. En effet, parmi les raisons qui auraient motivées l’assassinat du premier président du Togo, on cite sa volonté de rompre avec le CFA. Sylvanus aurait préparé un accord de rupture avec la France, qui aurait dû être signé le 15 janvier 1963. En plus de cela, il aurait lancé un appel d’offre d’émission qui fut remporté par l’Angleterre qui devait frapper une nouvelle monnaie garantie par l’Allemagne. Sylvanus Olympio fut assassiné le 13 janvier, soit deux jours avant la signature du fameux accord.

Au-delà du territoire français, Marianne continue de mener des guerres silencieuses. La stratégie n’a pas changé. D’un côté les marionnettes, de l’autre ceux qui tirent les ficelles. Cela explique, l’expulsion de Kémi Seba vers la « plantation », après qu’il a brûlé symboliquement un billet de 5000 F CFA. Kémi a commencé à travers  son organisation (Urgences Panafricanistes), à démocratiser un débat longtemps réservé aux élites. Les risques sont grands. Acquérir cette souveraineté monétaire va demander des sacrifices. Au-delà des mobilisations populaires qui doivent s’intensifier, il est nécessaire de s’approprier la question du CFA. Cette question ne doit plus rester la propriété privée d’une élite. Il faudra comprendre les enjeux, dénoncer mais également proposer des solutions salvatrices. En cela, le soutien des chercheurs aux activistes est plus que fondamental. Tout cela ne se fera pas sans douleur. Le combat des riches en danger et des pauvres en péril ne cessera pas de si tôt.

Gardons à l’idée que tant que l’Afrique ne sera pas réellement souveraine, les Africains, filles, fils de Marianne ou pas, où qu’ils soient dans le monde ne seront pas libres. Prenons la mesure du combat. Et dans ce combat, le rôle de nos sœurs et frères en France est nécessaire. Vous devriez comprendre qu’en élisant vos représentants, vous leur donnez le pouvoir de perpétuer en votre nom des politiques dignes d’une autre époque. Nous ne voulons plus de cette monnaie qui nous dénie notre dignité, notre humanité, et qui symbolise la manière dont l’Occident nous a perçus et nous perçoit encore : des singes. Et puisqu’il s’agit de reprendre possession de soi, les tenants de ce statu quo, doivent comprendre qu’aujourd’hui, l’Afrique est bien trop éveillée pour continuer à être payée en monnaie de singe.

RAPPEL

Pour rappel, le franc CFA est né en 1945. De franc des Colonies Françaises d’Afrique, cette monnaie a changé d’appellation pour devenir  le franc de la Communauté financière africaine pour les  Etats en Afrique de l’Ouest et Franc de la Coopération financière en Afrique centrale pour les Etats en Afrique centrale. Elle est utilisée comme moyen de paiement dans 14 pays francophones (huit en Afrique de l’ouest, six en Afrique centrale).  Ces pays déposent 50% de leurs réserves monétaires au trésor français afin que la valeur du CFA puisse être garantie par l’Etat français. Aux tenants de la stabilité, de l’investissement ou de la croissance, s’opposent ceux qui fustigent la surévaluation du CFA et son impact négatif sur les exportations. Les produits provenant donc de la zone franc seraient difficilement en concurrence avec ceux des pays voisins, la plupart anglophones qui sont sortis de cette servitude à leur indépendance. Au Ghana, on utilise le Cedis, au Nigeria le Naira. Tous les pays du Maghreb, colonisés par la France ont quitté le CFA. C’est ainsi que le Maroc peut aujourd’hui se payer des pans entiers de nos économies. L’Indochine aussi a quitté sa monnaie coloniale (française). Il ne reste que nous. Le franc CFA a été dévalué en 1994, mais respire encore.

Don’t agonize, organize par Amzat Boukari Yabara

 

Amzat Amzat Boukari Yabara à la MC93 le 21 septembre 2017. Photo: Maonghe M.

Le 21 septembre 2017, pour la présentation de Marianne et le garçon noir à la MC93, Léonora Miano a demandé à certains des contributeurs à l’ouvrage de prononcer une communication sur des thématiques précises. C’est ainsi qu’elle a demandé à l’historien Amzat Boukari Yabara (dont nous vous recommandons la lecture dans Marianne et le garçon noir), de s’exprimer à partir du mot d’ordre: Don’t agonize, organize, que l’on doit à la féministe africaine américaine Florynce Rae Kennedy.

Veuillez lire ci-dessous le texte de cette communication:

Amzat Boukari-Yabara, historien, militant politique, secrétaire général de la Ligue Panafricaine – UMOJA.  En quoi la citation « Don’t Agonize, Organize » résonne dans les solidarités panafricaines.

La domination invisible des premiers repose sur la désorganisation visible des derniers. Nous sommes les membres d’un même corps qui a été physiquement et mentalement déplacé, désorganisé pendant des siècles d’esclavage colonial et paracolonial. Comme disait le militant anticolonialiste Lamine Senghor en 1927. « Les Nègres ont dormi trop longtemps. Mais prends garde, Europe. Ceux qui ont dormi jusqu’à présent ne s’endormiront plus une fois réveillés. Aujourd’hui, les Noirs sont en train de se réveiller ! » Fin de citation.

Le réveil est panafricain. En France, nos différences ont été construites sur l’envers de nos ressemblances. D’une même couleur noire, mais entre immigrés, assimilés, colonisés, réfugiés, communautarisés et peoplisés, à chacun sa case. Notre désorganisation est organisée, ghettoïsée, pour nous rendre vulnérables jusque dans notre agressivité.

Une femme passionnée d’histoire et de musique m’a parlé un soir du panafricanisme amoureux, et je l’aime pour m’en avoir parlé. Notre histoire imprégnée de cultures, nous devons l’écrire et l’apprendre pour la protéger. Nous pouvons partager plus facilement ce que nous sommes capable de protéger. Apprends-ton histoire, car ce que tu sais, c’est ce que tu es.

Notre identité n’est pas dans la couleur de la peau mais dans les idées et les représentations qui entrent et ressortent de nos esprits, ce que nous respirons et ce que nous mangeons. Ce que nous ressentons au fond de nous-mêmes doit guider nos actions publiques, calmement et politiquement.

L’heure est panafricaine. En Afrique, l’expulsion des bases militaires étrangères, des multinationales, des monnaies coloniales, la fin de nos démons internes, et au milieu de nos colères, le Kongo couché comme un géant. Dans la Caraïbe, de nouvelles luttes d’émancipation, de justice et de progrès social, et au milieu de nos prières, Haïti coulé dans un océan. Il n’y a pas d’homme noir véritablement debout sans un Congo debout. Il n’y a pas d’homme noir véritablement debout sans une Haïti debout.

Voici un exemple de ce que signifie Don’t Agonize, Organize, en gardant à l’esprit que cette formule a été popularisée par la lutte de femmes noires aux Etats-Unis. L’homme noir, africain, qui suscite actuellement le plus d’admiration et de courage en Afrique, est un homme dont le travail engagé ne fait que masquer la honte que tous les hommes noirs portent au fond d’eux-mêmes, un mélange de puissance et d’impuissance, de création et d’autodestruction. La perte d’une afro-sensibilité traversée par les origines.

Cet homme dont je parle est le Docteur Denis Mukwege. Dans son hôpital de Panzi, il soigne courageusement nos mères et nos femmes, il reconstruit nos filles et nos sœurs congolaises du Kivu, qui subissent d’insupportables violences sexuelles en toute impunité. Comment avons-nous pu laisser le Docteur Mukwege être médiatiquement récupéré à Paris par celui qui disait il y a quelques mois que le ventre des femmes africaines est un obstacle au projet de civilisation voulu par Marianne ?

Aux personnes comme le Docteur Mukwege qui vivent et luttent pour l’Afrique, donnons-leur nous-même tous les moyens de leur indépendance politique en Afrique même. Pour ne laisser aucun espoir de récupération aux intérêts étrangers, à ce projet de recolonisation qui n’en finit plus. Donnons à ceux et celles en qui nous croyons, ici comme là-bas, toute la reconnaissance qui leur évitera de se faire flatter par des médias dévergondés ou inviter dans des salons de néocolonialistes corrompus.

Si un billet brûlé est un « événement », c’est parce que jusqu’à présent la corruption a toujours été un moyen d’éteindre le débat et non de l’ouvrir. De l’argent donné par le soit disant plus fort au soit disant plus faible est un acte de solidarité seulement si l’idéologie est partagée. C’est un acte de domination si l’idéologie n’est pas partagée. Nous ne partageons certainement pas l’idéologie de Marianne qui rackette nos pays africains et caribéens pour les besoins de Vincent B., Serge D. ou Martin B.

Don’t Agonize, Organize veut dire, comme dirait Franz Fanon, se donner en tant qu’Africains dans le monde une idéologie politique et une conscience historique. Se donner les moyens de ne plus se donner d’excuses. Les moyens d’imposer un rapport de force qui soit en même temps un rapport d’égalité entre nous-mêmes et avec les autres.

Je suis né dans la République autrefois populaire du Bénin. Je suis Amzat Boukari-Yabara. Je suis Africain, Caribéen, militant à la Ligue Panafricaine – UMOJA. Militant parce que je sais que toutes nos vies sont politiques, comme des poings levés à Mexico. La vie de nos enfants avalés par la Méditerranée, Eric Garner et Adama Traoré. Je ne peux plus respirer. Le bruit et l’odeur des fruits étranges de Billie Holiday, leur couleur indigo… Les corps coulés au fond de l’eau… La vie des Noirs n’est pas politique. La vie des Noirs est ultra-politique.

Avant de partir sans bruit comme une fourmi, si je dois souhaiter trois choses de mon vivant. La première est la libération du Kongo de toutes les forces négatives qui empêchent le centre du monde de porter l’Afrique au firmament. Le deuxième vœu est de souhaiter la même chose pour la République Noire d’Haïti. Toutes les autres batailles spirituelles, politiques, monétaires ou militaires, ne sont que des entraînements pour le troisième vœu qui est d’aller vers l’unité africaine pour un monde meilleur.

Umoja ni Nguvu. L’Union fait la force. C’est pour tous les garçons noirs.