Cycles

 

L’information est officielle depuis un moment : l’UNESCO a choisi de mettre à l’honneur les personnes d’ascendance africaine au cours de la décennie 2015-2024. Pourtant, il semble que peu d’institutions universitaires et/ou collectivités se soient emparées du sujet afin de concevoir des programmes, même ponctuels, permettant d’enrichir la connaissance en la matière. C’est pour combler cette lacune que Léonora Miano a élaboré un cycle de conférences et un séminaire d’écriture thématique. L’ensemble, intitulé Mémoire atlantique en Afrique subsaharienne, est proposé aux universités intéressées.

Si l’on parle aujourd’hui de personnes d’ascendance africaine à travers le monde, c’est en raison d’une tragédie qui endeuilla de nombreuses communautés subsahariennes et délocalisa des millions d’individus. La manière dont ces siècles d’arrachement et de terreur furent vécus sur le continent africain, par les populations touchées, est encore mal appréhendée. Des blocages subsistent, en raison d’une vision manichéenne, peu humaniste du phénomène. C’est ce qu’il convient de corriger et tel est l’objectif du Cycle Mémoire atlantique en Afrique subsaharienne proposé par Léonora Miano.

Il s’agit de trois conférences et d’un séminaire d’écriture créative, tous consacrés à ce thème. En abordant la question de manière sensible, il est possible de faire pénétrer cette question dans la conscience humaine et de restaurer les victimes dans leur dignité.

Sur cette page, veuillez trouver les cycles de conférences que Léonora Miano consacre à des thématiques précises. Ils comporteront souvent plusieurs communications et un séminaire d’écriture créative. Cette pratique associant recherche et création permet d’aborder les Etudes culturelles de façon à impliquer les participants, lesquels se servent, pour écrire, de la somme de connaissances reçues à travers les conférences. Le séminaire d’écriture créative répond plus précisément aux interrogations qui subsistent et fournit une documentation supplémentaire. Cette approche novatrice permet aux étudiants de s’approprier des sujets complexes. Pour l’année 2016 académique 2016/2017, la réflexion et la création s’articulent autour de l’épineuse question de la Déportation transatlantique des Subsahariens. Merci de découvrir, ci-dessous, le programme proposé:

Mémoire atlantique en Afrique subsaharienne

I/ Conférences

 

Figures oubliées de la mémoire atlantique

Tout semble avoir été dit au sujet de la déportation vers les Amériques des Subsahariens. Les modalités du trafic humain sont connues. L’horreur vécue lors de la traversée qui mena les captifs aux Amériques et le sort qui fut le leur ne sont plus des mystères pour personne. Nos imaginaires, pratiques discursives et comportementales restent influencés, voire piégés, par la racialisation telle qu’elle s’élabora au cours des siècles que dura cette lourde défaite de l’humanité. Cela également est connu, ce qui ne hâte pas l’évolution des habitudes. En dépit de l’immense travail déjà abattu par les chercheurs, des éléments manquent encore à la connaissance. A bien y regarder, on s’aperçoit que la parole de l’Afrique subsaharienne sur son vécu interne, intime, n’est pas encore parvenue au monde. La raison en est simple : ce continent, d’où furent issues toutes les victimes de l’horreur transatlantique, n’a pas suffisamment pris la parole. Lorsqu’il l’a fait, son propos n’a pas été d’exposer, en tant que telles, les spécificités de son expérience. On verra pourquoi. L’objet de cette conférence est d’amorcer une présentation subsaharienne des catégories impliquées dans les opérations de capture, de transportation et de déportation. Des exemples seront tirés de travaux d’historiens originaires d’Afrique subsaharienne, afin d’illustrer le propos. Cela sera complété par des extraits de Sankofa, répertoire de chansons créé en 2010 par Léonora Miano, et consacré à la mémoire atlantique en Afrique. A partir de là, une cartographie de l’expérience subsaharienne sera aisément appréhendée, de façon à pénétrer de plain-pied dans la conférence suivante.

Enonciation subsaharienne de la grande catastrophe

Une fois que l’on a clairement présenté les catégories impliquées dans les opérations de capture, de transportation et de déportation, il devient nécessaire de revisiter le langage usité pour évoquer la Déportation transatlantique des Subsahariens. Les désignations choisies pour ce phénomène sont le fruit d’un paradigme qu’elles véhiculent. Or, comme cette conférence le montrera, le point de vue à partir duquel opèrent des appellations telles que Traite négrière, Traite des Noirs ou même Traite des esclaves [slave trade], ne restitue pas l’expérience subsaharienne. Ces désignations présentent l’inconvénient de minorer le regard des victimes. On peut d’ailleurs déplorer que les chercheurs issus du continent africain n’aient pas encore jugé utile de les interroger et même de les récuser. C’est du milieu militant afrocentrique seul qu’ont émané, au cours des années 1990, de nouvelles formulations. Ces dernières n’ont pas été adoptées pour des motifs qui seront exposés lors de la communication. En nous attachant à la vision et au vécu des Africains subsahariens de l’époque, il s’agira  d’interroger la rhétorique habituelle et de proposer une terminologie plus en rapport avec l’histoire telle qu’elle se produisit sur le continent africain et entre populations locales. Après avoir isolé et analysé ceux des termes qui posent problème dans l’appellation usuelle de Traite négrière transatlantique, cette conférence montrera la légitimité, pour l’Afrique subsaharienne, d’adopter d’autres qualifications, dans un souci de souveraineté épistémologique autant que de vérité.

Formes et figures d’un discours

Interrogés à ce sujet, les spécialistes des littératures produites au sud du Sahara diraient que la déportation des Subsahariens aux Amériques n’est pas, dans les textes des auteurs venus de cette zone, une question centrale. A partir de là, il serait aisé de conclure que les Subsahariens contemporains, dont les écrivains transmettent les préoccupations, ne s’intéressent pas à une histoire qui constitue, pour beaucoup d’entre eux, la part la plus importante de la mémoire récente. Le trafic humain transatlantique, qui débute au XVIème siècle pour s’achever officiellement au milieu du XIXème siècle est bel et bien un des événements essentiels à prendre en compte si l’on souhaite comprendre ce qu’est aujourd’hui l’espace subsaharien. Après les abolitions du commerce humain, cette région du monde fut colonisée par des puissances européennes ayant initié la déportation. Si la colonisation ne fut pas l’équivalent de la longue tragédie qui la précéda, elle fut un autre drame et apporta son lot de déchirements et de pertes. On pourrait donc s’attendre à ce que cette continuité effective du basculement d’un monde à l’autre soit pensée dans les romans subsahariens. C’est oublier que la littérature, sous la forme romanesque, est un support d’expression récent au sud du Sahara. En réalité, il n’y a pas de raison objective pour que la fiction littéraire soit le véhicule privilégié du discours atlantique au sud du Sahara. A travers des œuvres d’art visuel – cinéma, installations, sculpture – cette conférence présente les autres voies qu’emprunte le discours atlantique de l’Afrique subsaharienne, et montre comment cette parole visuelle s’inscrit dans les traditions discursives des Subsahariens.

II/ Atelier d’écriture créative

Récits du passage

Pour aller plus loin que ne le proposent les conférences, Léonora Miano a conçu un atelier d’écriture permettant d’aborder le sujet de la Déportation transatlantique des Subsahariens. Ce travail créatif a l’avantage de rendre saillante la dimension humaine et donc universelle d’un phénomène trop souvent considéré comme ne concernant que les Subsahariens et les Afrodescendants. Axé sur les aspects sensibles du drame, la composition littéraire permet de s’affranchir, ne serait-ce qu’un moment, des pesanteurs politiques qui empêchent parfois de se reconnaître dans toute figure humaine. A travers les parcours des personnages qu’ils créent, les participants à l’atelier s’immergent dans une expérience dont ils se surprennent à comprendre toutes les spécificités. En milieu universitaire, ce cours est ouvert à des étudiants inscrits en Littérature française ou francophone, mais n’ayant pas nécessairement une pratique habituelle de l’écriture créative, ni une connaissance de l’Afrique subsaharienne. Seule une bonne maîtrise de la langue est requise et des étudiants inscrits dans d’autres filières sont les bienvenus, si l’institution le permet. Le contenu thématique de l’atelier est exploité dans la transmission de savoirs techniques utiles à l’auteur de fiction narrative. Les inscrits seront donc amenés à travailler sur l’écriture du personnage ou de l’espace par exemple. Ils apprendront aussi comment utiliser les éléments colligés au cours d’une recherche documentaire. L’atelier se déroule sur 18 à 20 heures. Il est ouvert à 12 participants au plus.

Contactez nous: LM-Institute@frenchafricana.org